Lisons la Bible

Lisons la Bible. Lisons-la avec passion, avec gourmandise, non pour la savoir à la lettre, mais pour nous laisser imprégner de sa puissance subversive. Les textes bibliques sont d'incessantes polémiques contre l'ordre établi, contre l'esprit d'orthodoxie qui assigne les personnes à des identités atrophiées, contre ceux qui pensent savoir l'alpha et l'oméga de Dieu, de la vie, de l'avenir. Les prophètes n'ont pas de verset biblique à la bouche quand ils se lèvent contre l'injustice, quand ils défendent les plus fragiles, quand ils relativisent la prétention des religieux à maîtriser le destin.

Les prophètes ont cette puissance subversive chevillée au corps qui leur permet de reconnaître les situations qui nécessitent une parole, un geste, une réaction. La parole de Dieu qu'ils voient et qui leur tient lieu de vocation, c'est le monde qu'ils ont sous les yeux et qui entre en résonance avec les récits des anciens qui s'interrogeaient déjà sur ce qu'est une vie bonne. L'oracle divin qu'ils délivrent au roi, au peuple, c'est leur propre parole passée par ce feu qu'est l'appel à se tenir debout, sur la terre des hommes, la faim au ventre, quand tant de personnes préfèrent se tenir à genoux et picorer sagement. Lisons la Bible non comme on consomme une soupe tiède, non comme on lit un manuel pour trouver les trucs qui nous rendront la vie plus facile, mais comme une source d'inspiration, comme un grand poème qui caresse notre existence et provoque ce genre de frisson qui précède les plus beaux engagements. Lisons la Bible comme un recueil de paroles qui provoquent notre conscience, notre raison, qui suscitent notre foi, qui transcendent nos espoirs, qui renouvellent notre vision des choses et le regard que nous portons sur nos contemporains.

James Woody

Le texte dans son substrat originel

Doit-on traduire le texte de la Bible en gardant sa rugosité d'origine, ou est-il préférable de l'orienter dans un sens conforme à la mentalité des personnes à qui est destinée cette traduction ?

Prenons par exemple le chapitre 1 de l'évangile de Marc :
Presque tous les versets commencent par "et", comme si le narrateur était enthousiaste - presque essoufflé - de raconter son témoignage : n'est-ce pas plus réel, plus vivant ?

Lorsque Jésus parle, c'est au présent : Il nous parle encore aujourd'hui, dans l'éternel présent de Dieu.

Les mots sont forts, rudes parfois : ce sont les personnes de caractère qui s'emparent du Royaume, pas les hésitants.

Lorsqu'on traduit les mots non pas en patois de Canaan, mais en leur donnant leur vrai sens, le texte devient beaucoup plus clair, plus réel, et plus spirituel aussi...